Instances élues

Élire le bureau d’une association : le scrutin sans accroc

Par Sylvie Marchand1 octobre 202614 min de lecture

Vote à bulletin secret pour élire le bureau d'une association

Le bureau, l’organe que les statuts désignent

Le mandat du président arrive à son terme, le trésorier annonce qu’il ne se représentera pas, et le secrétaire voudrait passer la main. L’association doit renouveler son bureau. Tout le monde se tourne vers l’assemblée générale en pensant qu’elle va voter. Parfois, c’est une erreur : dans beaucoup d’associations, ce n’est pas l’assemblée qui élit le bureau.

Le bureau est l’organe qui assure la gestion courante de l’association. Il réunit généralement un président, un trésorier et un secrétaire, parfois des adjoints ou des vice-présidents. Sa composition et son mode de désignation ne sont fixés par aucune règle générale. C’est aux statuts de l’association de les définir.

Deux schémas dominent. Dans le premier, l’assemblée générale élit directement les membres du bureau. Dans le second, l’assemblée élit un conseil d’administration, qui choisit ensuite en son sein le président, le trésorier et le secrétaire. D’autres variantes existent : bureau élu par l’assemblée sur proposition du conseil, élection distincte du président, collège de dirigeants sans président.

Les statuts disent qui élit avant de dire comment. C’est la première question à régler, et la plus souvent négligée. Une élection organisée devant la mauvaise instance est irrégulière, même si le vote se déroule parfaitement. Le président élu par l’assemblée alors que les statuts confient ce choix au conseil n’a pas été valablement désigné.

Ouvrez donc les statuts avant toute chose. Cherchez l’article qui décrit le bureau, sa composition, son mode d’élection, la durée du mandat et les conditions pour être candidat. Le règlement intérieur, s’il existe, complète souvent ces règles sur les modalités pratiques : forme des candidatures, déroulement du scrutin, remplacement en cours de mandat.

Si les statuts sont muets ou ambigus, le problème dépasse l’élection du jour. Une clarification des statuts, votée en assemblée extraordinaire, évitera la même incertitude lors des prochains renouvellements. En attendant, suivez la pratique habituelle de l’association, à condition qu’elle ne contredise pas les statuts, et consignez-la au procès-verbal.

Le renouvellement du bureau d’une association se prépare donc d’abord sur le papier. Une fois l’instance compétente identifiée, le reste suit une logique simple : recueillir les candidatures, organiser le scrutin, traiter les postes sans candidat, formaliser les prises de fonction.

L’élection du président d’une association concentre souvent l’attention, au détriment des autres postes. C’est une erreur. Le trésorier engage la responsabilité de l’association sur ses comptes, le secrétaire tient les registres qui prouvent la régularité des décisions. Un bureau dont seul le président a été choisi avec soin fonctionne mal. Chaque poste mérite la même rigueur dans le choix et dans le vote.

Recueillir les candidatures

L’appel à candidatures se lance avant la séance. Il annonce les postes à pourvoir, rappelle les conditions pour être candidat prévues par les statuts, et indique comment et jusqu’à quand se porter candidat. Il figure souvent dans la convocation à l’assemblée ou à la réunion du conseil. Un appel clair évite de découvrir le jour même qu’aucun candidat n’est prêt.

La forme des candidatures dépend des statuts et de l’usage. Certaines associations exigent une candidature écrite, adressée au président avant une date fixée. D’autres acceptent les candidatures en séance, au moment de l’élection. Les deux se défendent. La candidature écrite prépare mieux l’élection et laisse aux membres le temps de connaître les candidats. La candidature en séance offre plus de souplesse, au risque d’improviser.

Quand les statuts ne tranchent pas, une solution mixte fonctionne bien : un appel à candidatures écrit, avec une date limite, et la possibilité de candidater en séance pour les postes restés sans candidat. Annoncez cette règle dans la convocation, et tenez-vous-y le jour venu.

Reste le choix entre élection poste par poste et élection d’une liste complète. Dans l’élection poste par poste, chaque fonction fait l’objet d’un vote séparé : on élit le président, puis le trésorier, puis le secrétaire. Chaque candidat se présente pour un poste précis. Dans l’élection de liste, une équipe complète se présente, et les votants choisissent entre les listes.

Le choix change la dynamique de l’élection. Le vote poste par poste permet aux membres de composer le bureau qu’ils souhaitent, en retenant le meilleur candidat pour chaque fonction. Il peut aussi produire un bureau dont les membres ne s’entendent pas. Le vote de liste garantit une équipe cohérente, mais il prive les membres de la possibilité de panacher. Les statuts imposent parfois l’un ou l’autre. À défaut, le choix se fait avant la séance et s’annonce dans la convocation.

Vérifiez enfin l’éligibilité de chaque candidat. Les statuts fixent parfois des conditions : ancienneté dans l’association, cotisation à jour, âge, absence de lien avec un salarié ou un prestataire. Un candidat non éligible élu par erreur fragilise tout le bureau.

Présentez les candidats avant le vote. Quelques minutes par candidat, pour exposer ses motivations et ce qu’il compte faire du poste, permettent aux membres de choisir en connaissance de cause. Cette présentation compte surtout quand les candidats sont peu connus des membres, ce qui arrive souvent dans les associations qui grandissent. Elle évite aussi qu’un candidat soit élu simplement parce qu’il était le seul à se proposer.

Organiser le scrutin

Le mode de scrutin se lit d’abord dans les statuts. Certains imposent le bulletin secret pour les élections de personnes. D’autres laissent le choix, ou prévoient que le bulletin secret s’impose dès qu’un membre le demande. À défaut de règle, la main levée reste possible, mais le bulletin secret protège mieux la liberté de chacun quand plusieurs candidats s’affrontent.

La désignation de scrutateurs précède le vote. Deux membres, qui ne sont pas candidats, surveillent le déroulement du scrutin et dépouillent les bulletins. Leur présence garantit la sincérité du résultat, et leur nom figure au procès-verbal. Choisissez-les en début de séance, avec l’accord de l’assemblée.

L’ordre des postes a son importance dans une élection poste par poste. La pratique la plus courante commence par le président, puis le trésorier, puis le secrétaire, puis les éventuels adjoints. Cet ordre permet à un candidat battu pour un poste de se présenter au suivant. Annoncez l’ordre avant de commencer, et respectez-le.

Le vote poste par poste qui fait tourner la salle est un piège fréquent. Un candidat battu à la présidence se présente à la trésorerie, puis au secrétariat, et l’élection s’étire pendant des heures. Les membres se lassent, certains partent, et les derniers postes se votent devant une salle réduite. Fixez à l’avance une règle sur les candidatures successives : autorisées, limitées ou interdites, selon ce que prévoient les statuts et ce que l’assemblée accepte.

Le nombre de tours dépend aussi des statuts. Certains prévoient un scrutin à un tour, où le candidat qui obtient le plus de voix est élu. D’autres exigent une majorité au premier tour, et prévoient un second tour à défaut. Lisez la règle, et appliquez-la sans l’aménager en séance.

Le dépouillement se fait devant la salle. Les scrutateurs ouvrent l’urne, comptent les bulletins, vérifient que leur nombre correspond au nombre de votants, puis lisent chaque bulletin à voix haute. Les bulletins nuls ou blancs se comptent à part, selon les règles prévues. Le résultat s’annonce immédiatement, avec le nombre de voix obtenues par chaque candidat.

Préparez les bulletins à l’avance, un modèle par poste, avec le nom des candidats déclarés et une ligne libre si les candidatures en séance sont admises. Des bulletins identiques, distribués à chaque votant au moment du vote, garantissent le secret et accélèrent le dépouillement. L’élection qui se fait sur des morceaux de papier découpés à la hâte prend beaucoup plus de temps.

Quand il n’y a pas de candidat

C’est le cas le plus fréquent et le moins traité. Le poste de président est à pourvoir, et personne ne lève la main. Les membres se regardent, attendent qu’un volontaire se désigne, puis se tournent vers le président sortant. La question « aucun candidat président association » revient chaque année dans d’innombrables petites structures, et elle n’a pas de réponse unique.

La première réponse se trouve, là encore, dans les statuts. Certains prévoient qu’un poste vacant est assuré par intérim par un autre membre du bureau, souvent le vice-président ou le membre le plus ancien. D’autres autorisent le conseil d’administration à coopter un membre pour occuper le poste jusqu’à la prochaine assemblée. D’autres encore prévoient que le président sortant reste en fonction jusqu’à son remplacement.

À défaut de règle statutaire, l’assemblée peut décider de reporter l’élection à une séance ultérieure, en lançant un nouvel appel à candidatures. Ce report se consigne au procès-verbal, avec la date de la prochaine séance et la manière dont la fonction sera assurée d’ici là.

Ce qu’on ne fait pas mérite d’être dit clairement. On ne désigne pas quelqu’un qui n’a pas accepté. Élire un membre absent, ou un membre présent qui refuse, en pensant qu’il finira par accepter, produit une élection sans effet. Nul ne peut être contraint d’exercer une fonction de dirigeant. L’acceptation est une condition de la désignation.

On ne laisse pas non plus un poste vacant sans solution. Une association sans président, sans trésorier, ne peut plus signer de contrat, ouvrir un compte, déposer une déclaration. La vacance doit être comblée, même provisoirement, par un intérim, une cooptation ou un report organisé.

La vacance durable est souvent le signe d’un problème plus profond : une charge de travail trop lourde pour des bénévoles, une répartition des tâches déséquilibrée, une fonction mal comprise. Proposer de partager une fonction entre deux personnes, ou d’alléger les tâches du président, aide parfois à susciter des vocations.

Anticiper reste la meilleure réponse. Un président qui sait qu’il ne se représentera pas gagne à l’annoncer longtemps à l’avance, et à accompagner un successeur pendant les mois qui précèdent l’élection. Le futur président découvre la fonction, les membres s’habituent à l’idée, et l’élection devient une formalité plutôt qu’une crise.

Acceptation, passation et déclaration

L’élection ne suffit pas. Le candidat élu doit accepter ses fonctions. Cette acceptation se fait en général en séance, oralement, et se consigne au procès-verbal. Certaines associations demandent une acceptation écrite, signée, que l’on joint au procès-verbal. Elle facilite les démarches ultérieures auprès des banques et des administrations.

La passation suit l’acceptation. Le dirigeant sortant transmet à son successeur les accès, les documents et les informations nécessaires à l’exercice de la fonction. Pour le président, les statuts, les registres, les contrats en cours, les contacts des partenaires. Pour le trésorier, les accès bancaires, les comptes, les justificatifs, les échéances à venir. Pour le secrétaire, les registres de délibérations, les listes de membres, les archives.

Une passation bien faite se prépare. Dressez la liste de ce qui doit être transmis, fixez une date, et faites signer une attestation de remise. Une passation bâclée laisse le nouveau bureau sans accès aux comptes ou aux documents essentiels pendant des semaines.

Le changement de dirigeants doit souvent être déclaré. Pour une association déclarée, les modifications dans la composition des personnes chargées de l’administration se déclarent auprès de l’administration compétente, selon les modalités et dans le délai prévus par les textes applicables. La banque doit aussi être informée, avec le procès-verbal, pour mettre à jour les pouvoirs de signature. Vérifiez les formalités propres à votre structure avant de considérer la passation comme terminée.

La passation vaut aussi pour les informations moins visibles. Les identifiants des comptes en ligne, les abonnements, les assurances, les échéances de renouvellement des contrats, les relations avec la mairie ou les financeurs. Un dirigeant qui part sans laisser ces informations crée des difficultés qui surgissent des mois plus tard. Une fiche de passation, remplie par le sortant, les rassemble en un seul endroit.

Consigner l’élection

Le procès-verbal de l’élection nomme chaque élu, avec la fonction qu’il occupe. Il indique le mode de scrutin, le nombre de votants, le nombre de voix obtenues par chaque candidat, et le nombre de bulletins blancs ou nuls le cas échéant. Il mentionne l’acceptation des fonctions par chaque élu.

Ce document sert à de multiples démarches. La déclaration de modification, la mise à jour des pouvoirs bancaires, les relations avec les partenaires : tous demandent le procès-verbal de l’élection. Un document précis, signé par le président et le secrétaire de séance, évite des allers-retours.

Quand le bureau est élu par le conseil d’administration plutôt que par l’assemblée, les mêmes exigences s’appliquent au procès-verbal de la réunion du conseil. Les règles qui encadrent le vote en conseil d’administration s’y appliquent, avec leurs conditions de quorum et de majorité.

Ces questions font partie des élections au sein des instances élues, où la régularité du scrutin conditionne la légitimité de ceux qui dirigent. C’est ce que Teledis décrit pour ceux qui organisent ces votes.

Questions fréquentes

Un membre peut-il cumuler deux postes du bureau ?

Cela dépend des statuts. Beaucoup les interdisent, notamment le cumul de président et trésorier, pour garantir un contrôle croisé des finances. D’autres les autorisent, surtout dans les petites associations où les volontaires sont rares. Lisez les statuts, et si le cumul est permis, veillez à ce que la répartition des signatures bancaires reste prudente.

Faut-il un vote à bulletin secret ?

Si les statuts l’imposent, oui. Sinon, la main levée reste possible. Le bulletin secret protège toutefois mieux la liberté de vote lorsque plusieurs candidats s’affrontent pour un même poste. Beaucoup d’associations prévoient qu’il s’impose dès qu’un membre le demande. Préparez des bulletins à l’avance pour ne pas être pris au dépourvu.

Que faire si le président démissionne en cours de mandat ?

Appliquez la règle de remplacement prévue par les statuts : intérim par un vice-président, cooptation par le conseil, ou élection lors d’une prochaine séance. Consignez la démission et la solution retenue dans un procès-verbal, et déclarez le changement selon les formalités applicables à votre structure.

Un salarié peut-il être élu au bureau ?

La question est délicate. Les statuts peuvent l’interdire, et même lorsqu’ils ne disent rien, la présence d’un salarié parmi les dirigeants soulève des questions de conflit d’intérêts et peut avoir des conséquences sur la gestion désintéressée de l’association. Vérifiez les statuts et renseignez-vous sur les règles applicables avant d’accepter une telle candidature.