Instances élues

Déposer une liste de candidats aux élections du CSE

Par Sylvie Marchand6 octobre 202613 min de lecture

Dépôt d'une liste de candidats dans un dossier

Une liste se gagne avant le vote, sur sa composition

Dans une élection du comité social et économique, on pense volontiers que tout se joue le jour du scrutin, dans l’isoloir. En réalité, une partie décisive se joue bien avant, au moment où les listes de candidats sont composées et déposées. Une liste mal composée peut voir ses élus perdre leur mandat des mois plus tard, à la suite d’une contestation. Une liste déposée hors délai ou sous une forme irrégulière peut tout simplement ne pas figurer sur le bulletin. Et dans ces cas, la qualité des candidats ou de leur programme ne change rien.

Le dépôt d’une liste est donc un geste juridique avant d’être un geste militant. Il obéit à des règles fixées par le code du travail et précisées par le protocole d’accord préélectoral négocié dans l’entreprise. Ces règles portent sur trois points : qui peut déposer une liste, comment elle doit être composée, et comment elle doit être remise. Chacun de ces points est une source fréquente de litige, et chacun se prépare.

Ce qui rend une liste solide, c’est qu’on peut démontrer, pièce par pièce, qu’elle respecte chacune de ces règles. Ce qui la rend fragile, c’est l’improvisation : un candidat ajouté au dernier moment sans vérifier son éligibilité, un ordre de présentation modifié à la hâte, un dépôt fait par courriel sans accusé de réception. Les pages qui suivent prennent ces étapes une par une, du point de vue de la personne qui prépare la liste.

Qui peut déposer une liste, au premier et au second tour

Le droit de présenter des candidats n’est pas le même aux deux tours de l’élection. Au premier tour, il est réservé aux organisations syndicales qui remplissent les conditions fixées par le code du travail. Ces conditions portent notamment sur l’ancienneté de l’organisation, son indépendance, le respect des valeurs républicaines et son champ professionnel et géographique, qui doit couvrir l’entreprise. Les organisations représentatives dans l’entreprise remplissent par principe ces conditions ; d’autres peuvent aussi présenter des listes si elles les remplissent.

Cette réservation du premier tour aux syndicats a une conséquence pratique importante : un groupe de salariés non syndiqués ne peut pas présenter de liste au premier tour, même s’il rassemble une large partie du personnel. Il doit attendre le second tour, ou se rapprocher d’une organisation syndicale qui accepte de présenter ses candidats sous son étiquette.

Le second tour, quand il est organisé, est ouvert à toutes les candidatures, y compris celles de salariés non syndiqués. Il a lieu lorsque le premier tour n’a pas permis de pourvoir tous les sièges, notamment parce que le nombre de votants est resté inférieur au seuil fixé par les textes, ou parce que les listes syndicales n’ont pas couvert tous les sièges. Les règles qui déclenchent le second tour se lisent dans le code du travail, et le protocole fixe son calendrier.

La personne qui dépose concrètement la liste au nom d’une organisation syndicale doit être habilitée à le faire. Selon les organisations, il peut s’agir du délégué syndical, d’un responsable de la section ou d’un mandataire désigné. Il est prudent de joindre au dépôt un document qui établit ce mandat, pour éviter qu’un employeur ou une autre organisation ne conteste la qualité du déposant.

Composer la liste : collèges, titulaires, suppléants

Une liste ne se compose pas pour l’entreprise entière, mais pour un collège et pour un scrutin donnés. Le protocole d’accord préélectoral répartit le personnel en collèges, en général selon les catégories professionnelles, et fixe le nombre de sièges à pourvoir dans chacun. Il y a un scrutin pour les titulaires et un scrutin pour les suppléants. Une organisation qui veut se présenter partout dépose donc plusieurs listes : une par collège et par scrutin.

Chaque candidat doit être éligible dans le collège où il se présente. Les conditions d’éligibilité, qui portent notamment sur l’âge, l’ancienneté dans l’entreprise et les liens de parenté avec l’employeur, sont fixées par le code du travail. Elles se vérifient candidat par candidat, avant le dépôt, et non après. Un candidat inéligible élu sur une liste peut voir son élection annulée, ce qui fait perdre un siège à la liste.

La règle la plus délicate est celle de la représentation équilibrée entre les femmes et les hommes. Pour chaque collège, la liste doit comporter un nombre de femmes et d’hommes correspondant à leur part respective dans ce collège, telle qu’elle est indiquée dans le protocole. Et les candidats doivent être présentés en alternance, un de chaque sexe, jusqu’à épuisement des candidats d’un des sexes. Les modalités exactes de calcul et d’arrondi sont fixées par les textes et se vérifient pour chaque liste.

Cette règle est la cause la plus fréquente d’annulation d’élus. Une liste qui ne respecte pas la proportion, ou qui ne respecte pas l’alternance, peut voir annulée l’élection des candidats placés en violation de la règle. Le non-respect n’empêche pas forcément la liste d’être déposée, ce qui rend l’erreur d’autant plus dangereuse : elle ne se découvre souvent qu’après le scrutin, à l’occasion d’une contestation.

  • une liste par collège et par scrutin, titulaires et suppléants ;
  • l’éligibilité vérifiée pour chaque candidat avant le dépôt ;
  • la proportion de femmes et d’hommes du collège respectée ;
  • l’alternance respectée dans l’ordre de présentation ;
  • le nombre de candidats ne dépassant pas le nombre de sièges.

Une liste peut comporter moins de candidats qu’il n’y a de sièges à pourvoir. C’est fréquent, et c’est autorisé. Mais même une liste incomplète doit respecter la règle de représentation équilibrée, ce qui demande parfois des arbitrages délicats sur le nombre de candidats à présenter.

L’ordre de présentation des candidats

L’ordre dans lequel les candidats apparaissent sur la liste n’est pas un détail. Il détermine, en principe, l’ordre dans lequel ils seront élus si la liste obtient des sièges. Le premier de la liste est élu en premier, le deuxième ensuite, et ainsi de suite. Les ratures des électeurs peuvent modifier cet ordre, selon des règles fixées par les textes, mais dans la plupart des cas, l’ordre de présentation l’emporte.

Cet ordre est contraint par la règle d’alternance. Il faut donc composer la liste en tenant compte à la fois des priorités de l’organisation, qui veut voir élus en premier ses candidats les plus expérimentés, et de l’obligation d’alterner les sexes. Il est utile de faire valider l’ordre par les candidats eux-mêmes, pour éviter des désistements de dernière minute qui obligeraient à refaire la liste.

Un désistement après le dépôt pose une question difficile : faut-il retirer le candidat, ce qui peut rompre l’alternance, ou le laisser sur la liste ? La réponse dépend du moment du désistement et des règles applicables. Le plus sûr est de demander à chaque candidat une confirmation écrite de sa candidature avant le dépôt.

Remettre la liste : forme, lieu, délai, preuve

Le protocole d’accord préélectoral fixe en général les modalités pratiques de dépôt des listes : la date limite, le lieu ou l’adresse de dépôt, la forme attendue. Ces modalités sont à lire attentivement, parce qu’une liste déposée hors délai ou sous une autre forme que celle prévue peut être refusée. Si le protocole est muet sur un point, les règles générales du code du travail et la jurisprudence s’appliquent, et il est prudent de se renseigner.

La liste doit indiquer clairement l’organisation qui la présente, le collège, le scrutin concerné, et le nom de chaque candidat dans l’ordre de présentation. Il est utile d’y joindre les déclarations de candidature signées par chaque candidat, et le mandat du déposant. Plus le dossier est complet, moins il donne prise à une contestation.

La preuve du dépôt est essentielle. Un dépôt en main propre contre récépissé daté et signé, un envoi par lettre recommandée avec accusé de réception, ou un courriel dont la réception est confirmée par écrit : la forme importe moins que la possibilité de prouver la date et le contenu de ce qui a été remis. Un dépôt fait oralement ou par un simple courriel sans réponse ne laisse aucune trace utilisable.

Ne déposez pas au dernier moment. Les délais de dépôt sont souvent courts, et un incident de dernière minute, comme un candidat qui se désiste ou une erreur découverte sur l’ordre de présentation, peut empêcher de corriger la liste à temps. Un dépôt anticipé laisse la possibilité de rectifier.

Les erreurs qui annulent une élection

Certaines erreurs commises au moment du dépôt ne se révèlent qu’après le scrutin, quand un concurrent ou l’employeur conteste le résultat. Elles peuvent conduire à l’annulation de l’élection d’un ou plusieurs élus, et parfois du scrutin entier. Les connaître permet de les éviter.

La plus fréquente est le non-respect de la représentation équilibrée, déjà évoqué : mauvaise proportion de femmes et d’hommes, ou alternance rompue. Elle conduit à l’annulation de l’élection des candidats mal placés. La seconde est l’inéligibilité d’un candidat, découverte après coup : ancienneté insuffisante, lien de parenté avec l’employeur, ou fonction qui le rend assimilable à l’employeur. La troisième est la présentation d’une liste au premier tour par une organisation qui ne remplit pas les conditions requises pour le faire.

D’autres erreurs sont plus formelles : une liste déposée hors délai, une liste non signée, une liste qui mélange titulaires et suppléants, un candidat présent sur deux listes concurrentes. Elles peuvent entraîner le refus de la liste avant le scrutin, ce qui est au moins visible, ou une contestation après, ce qui est plus grave.

La meilleure protection est une relecture méthodique avant le dépôt, par une personne qui n’a pas participé à la composition de la liste. Un regard neuf repère plus facilement une alternance rompue ou un candidat dont on n’a pas vérifié l’ancienneté.

Après le dépôt : affichage et contestations

Une fois les listes déposées, l’employeur les porte à la connaissance du personnel, selon les modalités fixées par le protocole : affichage sur les panneaux prévus, communication sur l’intranet, ou tout autre moyen convenu. Cette publicité permet aux électeurs de connaître les candidats, et elle permet aussi aux autres organisations de vérifier les listes concurrentes.

C’est pendant cette période que les contestations sur la régularité des listes peuvent apparaître. Une organisation peut contester la liste d’une autre, l’employeur peut relever une irrégularité, un salarié peut signaler un candidat inéligible. Les règles de contestation et les délais applicables se lisent dans le code du travail ; ils sont courts, et il faut agir vite.

Pour l’organisation qui a déposé, cette période est aussi celle des vérifications de dernière minute. Relisez la liste telle qu’elle est affichée, et comparez-la à celle que vous avez déposée. Une erreur de recopie par l’employeur, un nom mal orthographié ou un ordre modifié doivent être signalés immédiatement, par écrit, pour être corrigés avant l’impression des bulletins.

Préparer le dépôt avec méthode

Le dépôt d’une liste se prépare comme un dossier. Quelques semaines avant la date limite, l’organisation recense ses candidats potentiels dans chaque collège, vérifie leur éligibilité, et calcule à partir du protocole la proportion de femmes et d’hommes à respecter. Elle établit ensuite l’ordre de présentation, le fait valider par les candidats, et recueille leurs déclarations de candidature signées.

Un tableau de contrôle, tenu pour chaque liste, permet de suivre ces étapes : nom du candidat, collège, sexe, rang, vérification de l’éligibilité, déclaration signée. Avant le dépôt, une personne extérieure à la composition relit le tableau et la liste. Ce n’est qu’ensuite que la liste est déposée, avec la preuve du dépôt.

Ce travail paraît lourd pour une élection qui ne se tient que tous les quelques années. Il est pourtant beaucoup moins lourd qu’une contestation, qui peut aboutir à l’annulation de mandats en cours et à l’organisation d’élections partielles.

Le dépôt des listes s’inscrit dans un cadre fixé en amont, et c’est en relisant ce que fixe le protocole préélectoral qu’on trouve la plupart des réponses aux questions pratiques. Bien préparé, il donne aux élus une légitimité solide pour toute la durée de leur mandat, et c’est l’un des fondements des élections professionnelles réussies. Teledis l’a observé dans bien des entreprises : les scrutins les moins contestés sont ceux où les listes avaient été relues par quelqu’un d’autre que leurs auteurs.

Questions fréquentes

Un salarié non syndiqué peut-il se présenter aux élections du CSE ?

Pas au premier tour, qui est réservé aux listes présentées par les organisations syndicales remplissant les conditions légales. Un salarié non syndiqué peut se présenter au second tour, quand il est organisé, ou être candidat au premier tour sur la liste d’une organisation syndicale qui accepte de le présenter.

Que se passe-t-il si la liste ne respecte pas la représentation équilibrée ?

La liste peut être déposée, mais l’élection des candidats placés en violation de la règle peut être annulée en cas de contestation. C’est l’une des causes les plus fréquentes d’annulation d’élus. La proportion et l’alternance doivent donc être vérifiées avant le dépôt, à partir des données du protocole.

Peut-on déposer une liste incomplète ?

Oui. Une liste peut comporter moins de candidats qu’il n’y a de sièges à pourvoir. Elle doit néanmoins respecter les règles de représentation équilibrée et d’alternance pour les candidats qu’elle présente. Les sièges non pourvus peuvent alors donner lieu à un second tour.

Comment prouver qu’une liste a été déposée à temps ?

En conservant une preuve datée du dépôt : récépissé signé par l’employeur, accusé de réception d’une lettre recommandée, ou confirmation écrite de la réception d’un courriel. La forme importe moins que la possibilité de prouver la date et le contenu de ce qui a été remis.