Formation & événementiel

Vote par gommettes : faire prioriser un groupe en atelier

Par Sylvie Marchand8 octobre 202612 min de lecture

Gommettes collées sur des feuilles pendant un atelier

Les gommettes font voir une priorité, pas une majorité

Un atelier produit des idées. C’est même souvent ce qu’il produit le mieux : au bout d’une heure de travail en sous-groupes, le mur est couvert de feuilles, de post-it et de propositions. Puis vient le moment délicat, celui où il faut choisir. On ne peut pas tout faire, il faut décider par quoi commencer, et le groupe qui s’entendait si bien pour produire des idées se met à hésiter, à débattre sans fin, ou à laisser décider le plus bavard.

Le vote par gommettes, que les animateurs appellent aussi dot voting, est l’une des réponses les plus simples à ce moment. Chaque participant reçoit un petit nombre de gommettes autocollantes, et les colle à côté des options qu’il juge prioritaires. En quelques minutes, le mur se couvre de points de couleur, et les options qui en ont reçu le plus apparaissent d’elles-mêmes. Le groupe voit sa priorité collective, sans avoir eu à la négocier.

Il faut cependant savoir ce que les gommettes mesurent. Elles ne mesurent pas une majorité au sens d’un vote formel : une option peut recevoir beaucoup de gommettes parce qu’une poignée de participants l’ont soutenue avec enthousiasme, en y collant toutes les leurs. Elles ne mesurent pas non plus l’adhésion de chacun à chaque option. Elles mesurent une intensité de préférence répartie, à un moment donné, dans un groupe donné. C’est une information précieuse pour un atelier, mais ce n’est pas une décision au sens d’une assemblée.

Cette distinction compte au moment d’exploiter le résultat. Le vote par gommettes sert à faire émerger des priorités et à orienter la suite du travail. Il ne sert pas à trancher une question qui engage formellement une organisation, et il ne remplace pas un vote quand un vote est nécessaire.

Préparer le mur d’options

La qualité d’un vote par gommettes se joue avant la distribution des gommettes, au moment où l’on prépare le mur. Un mur désordonné, où les mêmes idées apparaissent trois fois sous des formes différentes et où les propositions sont illisibles, produit un résultat qui ne veut rien dire.

La première étape est de regrouper les doublons. Après une phase de production, les idées se recoupent souvent : deux sous-groupes ont proposé la même chose avec des mots différents. Si on les laisse séparées, les gommettes se dispersent entre elles, et une idée largement partagée paraît moins soutenue qu’une idée isolée mais présentée une seule fois. L’animateur regroupe donc, avec le groupe, les propositions qui disent la même chose, et leur donne un intitulé commun.

La deuxième étape est de reformuler. Chaque option doit être compréhensible par tous, y compris par ceux qui n’étaient pas dans le sous-groupe qui l’a proposée. Une proposition griffonnée en trois mots, que seul son auteur comprend, ne peut pas être évaluée par les autres. Une reformulation courte, sous forme d’action, rend les options comparables : « organiser un point d’équipe chaque lundi » plutôt que « communication ».

La troisième étape est de présenter les options de façon lisible. Une option par feuille, écrite assez gros pour être lue à quelques pas, avec de la place autour pour coller les gommettes. Les options sont disposées sur le mur sans hiérarchie apparente : ni la première ni la dernière place ne doivent suggérer une importance particulière.

Le nombre d’options compte aussi. Au-delà d’une quinzaine, les participants peinent à toutes les lire, et le vote devient un exercice de survol. Si la production a été très abondante, il peut être utile de procéder en deux temps : un premier tri grossier, puis un vote par gommettes sur les options restantes.

Combien de gommettes, et les règles du jeu

Le nombre de gommettes distribuées à chaque participant change profondément le résultat. Avec une seule gommette, chacun désigne son option préférée, et le vote ressemble à un scrutin uninominal : il fait apparaître la ou les options qui ont le plus de partisans, mais il ignore tout le reste. Avec plusieurs gommettes, chacun peut exprimer plusieurs préférences, et le résultat reflète mieux la diversité des opinions.

Une règle pratique répandue consiste à donner à chaque participant un nombre de gommettes à peu près égal au tiers du nombre d’options. Avec une douzaine d’options, quatre gommettes par personne donnent un résultat lisible. Cette règle n’a rien d’obligatoire, mais elle évite les deux excès : trop peu de gommettes, qui écrasent les préférences secondaires, et trop de gommettes, qui diluent le résultat au point que toutes les options en reçoivent.

La question du cumul est la deuxième règle à fixer. Un participant peut-il coller plusieurs gommettes sur la même option ? Si oui, il peut exprimer une préférence forte, et une option qui tient très à cœur à quelques personnes peut ressortir. Si non, chaque gommette compte comme une voix distincte, et le résultat reflète plutôt l’étendue du soutien. Les deux règles sont légitimes, mais elles ne mesurent pas la même chose. L’animateur choisit en fonction de ce qu’il cherche, et l’annonce clairement avant le vote.

D’autres règles peuvent être ajoutées. On peut distinguer deux couleurs de gommettes, l’une pour ce qui est le plus important et l’autre pour ce qui est le plus facile à réaliser. On peut réserver une gommette spéciale pour signaler une option à laquelle on s’oppose fermement. Ces variantes enrichissent le résultat, mais elles le rendent aussi plus complexe à lire. Dans un premier temps, une règle simple, bien expliquée, vaut mieux qu’un dispositif sophistiqué.

  • le nombre de gommettes par participant ;
  • le cumul autorisé ou non sur une même option ;
  • le critère de choix : importance, urgence, faisabilité ;
  • le temps laissé pour lire les options avant de voter ;
  • la façon dont le résultat sera utilisé ensuite.

Le dernier point mérite d’être annoncé avant le vote. Les participants votent différemment s’ils savent que les trois options en tête seront mises en œuvre, ou si le résultat servira seulement de base à une discussion. Dire à l’avance ce qu’on fera du vote évite le sentiment d’avoir été consulté pour rien.

Les biais du vote visible

Le vote par gommettes est un vote visible : chacun voit, au fur et à mesure, où les autres ont collé leurs gommettes. Cette visibilité a un effet bien connu, le suivisme. Les participants qui votent en dernier ont tendance à renforcer les options qui ont déjà beaucoup de gommettes, soit par conformisme, soit parce qu’ils supposent que ces options sont les meilleures. Le résultat final surestime alors l’avance des options qui ont été soutenues tôt.

L’ordre de passage accentue ce biais. Si les participants les plus influents, comme le manager ou les membres les plus anciens, votent en premier, leurs choix orientent ceux des autres. Le vote par gommettes, censé donner une voix égale à chacun, reproduit alors la hiérarchie du groupe.

Plusieurs parades existent. La plus simple consiste à demander à chacun de décider de ses choix avant de se lever, en les notant discrètement sur un papier, puis de coller ses gommettes en même temps que les autres. Le mur se remplit en quelques minutes, d’un coup, et personne n’a le temps de regarder les choix des autres avant d’avoir fait les siens. Une autre parade consiste à faire voter les managers en dernier, en le disant ouvertement.

Une parade plus radicale consiste à rendre le vote anonyme : les participants inscrivent leurs choix sur un bulletin, et l’animateur colle les gommettes lui-même. On perd l’aspect visuel et collectif du collage, mais on obtient un résultat moins biaisé. C’est une bonne option quand le sujet est sensible ou que la hiérarchie pèse lourd dans le groupe.

Le dernier biais est celui de la position sur le mur. Les options placées à hauteur des yeux, au centre du mur, reçoivent souvent plus de gommettes que celles placées en bas ou dans un coin. Disposer les options de façon homogène, et les relire à voix haute avant le vote, limite cet effet.

Lire le résultat devant le groupe

Une fois le collage terminé, le groupe regarde le mur. C’est un moment fort, souvent accompagné de commentaires spontanés : surprise devant une option qui a fait le plein, déception devant une autre restée vide. L’animateur laisse ce moment exister quelques secondes, puis structure la lecture.

Il commence par les écarts nets. Une ou deux options ont reçu beaucoup plus de gommettes que les autres : elles constituent la priorité du groupe, et il le dit clairement. Il compte les gommettes à voix haute pour ces options, pour que le résultat soit établi et partagé.

Il traite ensuite les ex aequo et les écarts faibles. Deux options qui ont reçu presque autant de gommettes ne se départagent pas par une différence d’une ou deux gommettes, qui peut tenir au hasard. L’animateur peut proposer de les considérer ensemble, de les départager par un second vote rapide, ou de demander au groupe ce qui les distingue. Ce dernier choix est souvent le plus riche : il fait émerger des arguments que le vote n’avait pas exprimés.

Il regarde enfin les options orphelines, celles qui n’ont reçu aucune gommette, ou presque. Elles ne sont pas forcément mauvaises : elles peuvent être originales, mal comprises, ou portées par une seule personne qui n’a pas osé y coller toutes ses gommettes. Demander si quelqu’un veut défendre une option orpheline évite de perdre une bonne idée par simple effet de groupe.

Les gommettes en atelier à distance

Le vote par gommettes a été conçu pour un mur physique, mais il se transpose sans difficulté à un atelier à distance. Les tableaux blancs collaboratifs en ligne permettent de disposer les options sur une surface partagée et de donner à chaque participant un certain nombre de points à placer. Certains outils proposent une fonction de vote dédiée, qui limite automatiquement le nombre de votes par personne et masque les résultats jusqu’à la fin.

Cette dernière fonction est précieuse, parce qu’elle neutralise le suivisme mieux que n’importe quelle parade en salle. Chaque participant vote sans voir les votes des autres, et le résultat apparaît d’un coup. Si l’outil la propose, utilisez-la.

La difficulté propre au distanciel est de s’assurer que tout le monde a voté. En salle, l’animateur voit les participants se lever et coller leurs gommettes. À distance, certains participants restent passifs, faute d’avoir compris comment placer leurs points. Un temps de prise en main de l’outil avant le vote, et un rappel nominatif à ceux qui n’ont pas encore voté, règlent la plupart des cas.

De la gommette à la décision

Le vote par gommettes n’est pas une fin en soi. Il donne au groupe une vision partagée de ses priorités, et c’est sur cette base que la suite du travail s’organise. L’animateur qui s’arrête au constat du résultat perd une grande partie de la valeur de l’exercice.

Pour les options prioritaires, l’étape suivante est en général de les approfondir : qui s’en occupe, avec quels moyens, dans quels délais. Ce travail peut se faire en sous-groupes, chacun prenant une option. Pour les options secondaires, on peut les garder en réserve, ou les confier à un groupe de travail ultérieur. Pour les options orphelines, on peut les abandonner, après avoir vérifié qu’aucune bonne idée ne s’y cache.

Reste un geste que l’on oublie trop souvent : noter le résultat avant de défaire le mur. Une photo du mur, prise avant de le défaire, garde une trace fidèle du vote. Un compte rendu qui reprend les options et le nombre de gommettes reçues permet de revenir plus tard sur les choix du groupe, et de montrer aux participants que leur vote a été pris en compte.

Le vote par gommettes trouve sa place naturelle dans les temps de travail collectif, et il prend tout son sens quand il s’inscrit dans l’animation d’un séminaire pensée pour aboutir à des décisions. C’est l’un des outils les plus simples et les plus efficaces pour les ateliers et séminaires, à condition d’en fixer les règles avant le premier collage. Teledis l’a souvent constaté : un groupe accepte d’autant mieux un résultat qu’il en connaissait les règles au départ.

Questions fréquentes

Combien de gommettes donner à chaque participant ?

Une règle pratique consiste à donner environ un tiers du nombre d’options. Avec une douzaine d’options, quatre gommettes par personne donnent un résultat lisible. Trop peu de gommettes écrasent les préférences secondaires ; trop de gommettes diluent le résultat au point que toutes les options en reçoivent.

Faut-il autoriser plusieurs gommettes sur la même option ?

Les deux règles sont légitimes, mais elles ne mesurent pas la même chose. Le cumul permet d’exprimer une préférence forte ; son interdiction mesure plutôt l’étendue du soutien à chaque option. Choisissez en fonction de ce que vous cherchez, et annoncez la règle avant le vote.

Comment éviter que les participants suivent les premiers votants ?

Demandez à chacun de décider de ses choix avant de se lever, puis faites coller les gommettes en même temps. Faire voter les managers en dernier, ou passer à un vote anonyme dont l’animateur reporte les résultats, sont d’autres parades efficaces quand la hiérarchie pèse dans le groupe.

Le vote par gommettes peut-il remplacer un vote formel ?

Non. Il fait émerger des priorités dans un atelier, mais il ne garantit ni le secret ni un décompte qui engage formellement une organisation. Quand une décision doit être prise selon des règles fixées par des statuts ou un règlement, un vote formel reste nécessaire.