Le temps des questions se prépare avant la conférence
Dans presque toutes les conférences, tables rondes et plénières, le programme réserve un moment pour les questions de la salle. Et dans beaucoup d’entre elles, ce moment déçoit. Un long silence suit l’annonce, puis une première personne se lève pour faire un commentaire de cinq minutes qui n’est pas une question. Une deuxième pose une question si précise qu’elle n’intéresse qu’elle. Le modérateur regarde sa montre, remercie tout le monde, et la séance se termine sur une impression d’inachevé.
Ce scénario n’a rien d’une fatalité. Il vient presque toujours de ce que le temps des questions a été traité comme une marge, ce qui reste quand les intervenants ont fini de parler, et non comme une partie du programme à part entière. Un temps de questions réussi se prépare, comme le reste. Il demande de choisir un mode de recueil, de fixer des règles, de prévoir qui trie et comment, et de réserver un temps réel, protégé des débordements des intervenants.
Le premier geste de préparation est de protéger ce temps. Si la séance dure une heure et que les questions doivent en occuper une partie, le modérateur prévient les intervenants à l’avance, et il les interrompt si nécessaire pour respecter le minutage. Un temps de questions qui commence avec quelques minutes de retard se transforme en une seule question, puis en remerciements.
Le deuxième geste est d’annoncer le temps des questions dès le début de la séance. Les participants qui savent qu’ils pourront poser des questions les préparent pendant les interventions. Ceux qui découvrent ce moment au dernier instant ne savent pas quoi demander, et le silence s’installe.
Micro, papier ou smartphone : recueillir les questions
La façon dont on recueille les questions change profondément la nature de l’échange. Trois modes coexistent, et chacun a ses forces et ses faiblesses.
Le micro est le mode classique. Le participant lève la main, un assistant lui apporte un micro, il pose sa question à voix haute. C’est le mode le plus vivant, le plus spontané, celui qui crée un véritable dialogue entre la salle et la tribune. C’est aussi le plus difficile à maîtriser. Le modérateur ne sait pas ce que la personne va dire avant qu’elle ne le dise, et il ne peut pas empêcher un participant de transformer sa question en intervention. Seules les personnes à l’aise pour parler en public se lèvent, ce qui écarte une partie de la salle.
Les questions écrites sur papier sont le mode intermédiaire. Des cartes ou des fiches sont distribuées en début de séance, les participants y écrivent leurs questions pendant les interventions, et des assistants les ramassent. Le modérateur peut alors les lire, les trier et les regrouper avant de les poser aux intervenants. On perd en spontanéité, mais on gagne en maîtrise, et on donne la parole à ceux qui n’oseraient pas prendre le micro.
Le smartphone est le mode le plus récent. Les participants se connectent à un outil de questions en ligne, y posent leurs questions, et peuvent souvent voter pour celles des autres. Le modérateur voit les questions arriver sur son écran, classées par popularité. C’est un mode efficace pour les grandes salles, où le micro ne permet de recueillir qu’une poignée de questions. Il suppose en revanche une connexion fiable, un outil testé à l’avance, et des participants qui acceptent de sortir leur téléphone.
- le micro pour un échange vivant dans une salle de taille modeste ;
- le papier pour donner la parole aux plus discrets ;
- le smartphone pour les grandes salles et le vote sur les questions ;
- une combinaison des deux quand le public est varié ;
- un canal unique annoncé clairement en début de séance.
Beaucoup d’organisateurs combinent les modes : questions écrites ou en ligne pendant les interventions, puis quelques questions au micro à la fin. La combinaison fonctionne, à condition que le modérateur dise clairement comment il va alterner, pour que personne ne se sente oublié.
Questions anonymes : quand les proposer
Le papier et le smartphone permettent de poser des questions de façon anonyme. Cette possibilité change le contenu des questions. Des participants qui n’oseraient jamais interroger publiquement un dirigeant, un expert ou un élu le font sans hésiter quand leur nom n’apparaît pas. Les questions deviennent plus directes, parfois plus critiques, et souvent plus utiles.
L’anonymat est particulièrement précieux dans certains contextes. Une réunion interne où la direction présente une réorganisation. Une conférence sur un sujet sensible, où les participants craignent d’être jugés pour leurs questions. Une salle où la hiérarchie est très présente. Dans ces cas, proposer des questions anonymes est souvent la seule façon d’obtenir les vraies questions.
L’anonymat a aussi ses inconvénients. Il peut libérer des questions agressives, provocantes ou hors sujet, que leur auteur n’aurait pas posées sous son nom. Il prive l’intervenant de la possibilité de répondre à une personne précise, de lui demander de préciser sa question, de poursuivre l’échange. Il rend aussi impossible le suivi après la séance, puisqu’on ne sait pas à qui répondre.
Une solution intermédiaire consiste à laisser le choix : chaque participant décide s’il signe sa question ou non. Les outils en ligne le permettent en général. Sur papier, il suffit d’indiquer qu’on peut écrire son nom ou pas. Le modérateur lit les questions anonymes comme les autres, sans commentaire sur leur anonymat.
Trier en direct : regrouper, choisir, écarter
Le tri des questions est le cœur du travail du modérateur, et c’est le geste qui fait la différence entre un temps de questions utile et un temps de questions subi. Quand les questions arrivent par écrit, sur papier ou en ligne, le modérateur ne les lit pas dans l’ordre d’arrivée. Il les trie.
Regrouper, d’abord. Plusieurs participants posent souvent la même question, avec des mots différents. Le modérateur les regroupe, et pose une seule question qui les synthétise : « Plusieurs d’entre vous demandent comment ce projet sera financé. » Ce regroupement fait gagner du temps, et il montre à la salle que les questions de chacun ont été lues.
Choisir, ensuite. Toutes les questions ne peuvent pas être posées dans le temps imparti. Le modérateur choisit celles qui intéressent le plus grand nombre, celles qui permettent aux intervenants d’apporter un éclairage nouveau, celles qui reflètent la diversité des préoccupations de la salle. Quand un outil en ligne permet de voter sur les questions, le classement par popularité aide ce choix, mais il ne le remplace pas : la question la plus votée n’est pas toujours la plus utile, et une question minoritaire peut mériter d’être posée.
Écarter, enfin. Certaines questions sont hors sujet, d’autres sont des commentaires déguisés, d’autres encore sont agressives ou personnelles. Le modérateur peut les écarter sans les lire. Il doit le faire avec mesure : écarter systématiquement les questions critiques donne à la salle l’impression d’une séance verrouillée, ce qui est pire qu’une question gênante. Une question critique mais légitime doit être posée, quitte à la reformuler pour en retirer l’agressivité.
Ce tri demande du temps et de l’attention, et il est difficile de le faire tout en animant la séance. Dans une conférence importante, il est utile de confier le tri à une personne distincte du modérateur, qui lui transmet une sélection de questions regroupées et prêtes à être posées.
Le micro, quand on le garde
Quand le temps des questions passe par le micro, le modérateur dispose de moins de moyens de tri, mais il n’est pas démuni. Quelques règles annoncées à l’avance changent beaucoup les choses.
Il peut demander que chaque intervention soit une question, courte, adressée à un intervenant précis. Il peut demander aux participants de se présenter brièvement. Il peut limiter le nombre de questions par personne. Ces règles, énoncées au début du temps des questions, donnent au modérateur une base pour interrompre poliment quelqu’un qui s’en écarte : « Merci, quelle est votre question ? »
Il peut aussi regrouper les questions orales. Plutôt que de faire répondre l’intervenant après chaque question, il en recueille deux ou trois, puis donne la parole à l’intervenant pour qu’il y réponde ensemble. Cette technique permet de faire entendre plus de voix dans le même temps, et elle évite que la première question n’occupe tout le temps disponible.
La répartition de la parole compte aussi. Le modérateur veille à ne pas donner la parole toujours au même côté de la salle, ni toujours aux mêmes profils. Il peut, s’il voit que seuls des hommes ou seuls des habitués prennent la parole, inviter explicitement d’autres personnes à le faire.
Faire répondre l’intervenant
Une question bien choisie peut encore être gâchée par une réponse trop longue, trop vague ou à côté du sujet. Le modérateur a un rôle à jouer aussi à ce moment-là.
Il peut reformuler la question avant de la poser à l’intervenant, surtout si elle était longue ou confuse. La reformulation la rend plus claire pour l’intervenant comme pour la salle, et elle permet d’en retirer ce qui n’était pas une question. Elle doit rester fidèle à l’intention du participant : reformuler n’est pas réécrire.
Il peut minuter les réponses. Annoncer au début du temps des questions que chaque réponse devra tenir en quelques minutes donne aux intervenants un cadre, et au modérateur une base pour les interrompre. Un intervenant qui part dans une longue digression doit être ramené, avec courtoisie, à la question posée.
Il peut enfin relancer. Si la réponse ne répond pas vraiment à la question, le modérateur peut le dire : « Je crois que la question portait plutôt sur le calendrier. » Cette relance est parfois inconfortable, mais elle est attendue par la salle, qui voit bien quand une question a été esquivée.
Les questions sans réponse
Dans une conférence suivie, il reste presque toujours des questions qui n’ont pas pu être posées, faute de temps. Les laisser sans suite est une occasion manquée, et parfois une source de frustration pour ceux qui les avaient posées.
Le modérateur peut annoncer, en fin de séance, ce qui sera fait des questions restantes. Elles peuvent être transmises aux intervenants, qui y répondront par écrit. Les réponses peuvent être publiées dans le compte rendu de la conférence, sur le site de l’événement, ou envoyées aux participants. Cette annonce suffit souvent à transformer la frustration en satisfaction : la question n’a pas été posée, mais elle n’est pas perdue.
Les questions restantes sont aussi une information précieuse pour l’organisateur. Elles disent ce que le public attendait et n’a pas trouvé, ce qui l’intéresse le plus, ce qui reste flou. Les relire après la séance aide à préparer la conférence suivante.
Le temps des questions à distance et en format hybride
Les conférences diffusées en ligne ou organisées en format hybride, avec une partie du public sur place et une autre à distance, posent un défi particulier. Le public à distance ne peut pas lever la main ni prendre le micro. S’il n’a pas de canal pour poser ses questions, il est de fait exclu de l’échange.
La solution la plus simple est de faire passer toutes les questions par le même canal écrit, sur place comme à distance, en général un outil en ligne. Le modérateur voit alors arriver toutes les questions au même endroit, et il peut les trier sans distinguer leur origine. Si le micro est maintenu pour la salle, il faut veiller à alterner avec les questions écrites du public à distance, et à le dire.
Une personne chargée spécifiquement de suivre les questions à distance est une aide précieuse. Elle lit les questions, les regroupe, et les transmet au modérateur au moment opportun. Sans elle, les questions à distance sont souvent oubliées, parce que le modérateur est absorbé par ce qui se passe dans la salle.
Recueillir les questions de la salle, c’est donner au public une place active dans la conférence, et c’est souvent ce qui fait la différence entre une séance écoutée et une séance vécue, comme pour toutes les salles qui ne participent pas d’elles-mêmes. Bien préparé, le temps des questions devient un des moments forts des conférences et événements. Teledis l’a toujours constaté : une salle participe quand elle voit que ses questions sont lues, triées et posées.
Questions fréquentes
Faut-il préférer le micro ou les questions écrites ?
Le micro crée un échange plus vivant, mais il favorise ceux qui sont à l’aise pour parler en public et laisse peu de prise au modérateur. Les questions écrites, sur papier ou en ligne, permettent de trier et de donner la parole aux plus discrets. Beaucoup d’organisateurs combinent les deux, en annonçant clairement comment ils alternent.
Comment éviter les interventions qui ne sont pas des questions ?
Annoncez la règle au début du temps des questions : une question courte, adressée à un intervenant. Le modérateur peut alors interrompre poliment celui qui s’en écarte. Avec des questions écrites, le tri permet d’écarter les commentaires déguisés avant qu’ils ne soient lus.
Faut-il autoriser les questions anonymes ?
Elles sont précieuses quand le sujet est sensible ou que la hiérarchie est présente, parce qu’elles libèrent les vraies questions. Elles peuvent aussi libérer des questions agressives. Laisser à chaque participant le choix de signer ou non sa question est souvent un bon compromis.
Que faire des questions auxquelles on n’a pas eu le temps de répondre ?
Annoncez en fin de séance qu’elles seront transmises aux intervenants, et publiez les réponses dans le compte rendu ou sur le site de l’événement. Relisez-les aussi pour préparer la conférence suivante : elles disent ce que le public attendait.
