Formation & événementiel

Nuage de mots en formation : quand il sert vraiment

Par Sylvie Marchand4 octobre 202612 min de lecture

Mots sur post-it regroupés au tableau pendant une formation

Un nuage de mots montre une salle, pas une réponse

Le nuage de mots est devenu l’un des gestes les plus visibles de l’animation : on pose une question, chaque participant tape un mot sur son téléphone, et les réponses s’affichent à l’écran, d’autant plus grandes qu’elles reviennent souvent. L’effet est immédiat. La salle se voit elle-même, sourit en découvrant ses propres mots, et le formateur a l’impression d’avoir fait participer tout le monde en deux minutes.

L’impression est en partie juste. Le nuage a une vertu réelle : il fait parler ceux qui ne prennent jamais la parole. Le participant qui ne lèverait pas la main devant vingt personnes tape volontiers un mot anonyme. Pour une fois, la voix des plus discrets pèse autant que celle des plus bavards, et c’est déjà beaucoup.

Mais il faut savoir ce qu’on regarde. Un nuage de mots ne donne pas une réponse à une question. Il donne une image du vocabulaire d’un groupe à un instant précis : les mots qui lui viennent spontanément, ceux qu’il partage, ceux qui ne reviennent qu’une fois. Ce n’est ni un sondage, ni un vote, ni une évaluation. C’est un portrait rapide, et sa valeur dépend entièrement de ce que le formateur en fait dans la minute qui suit.

Trois choses se lisent dans un nuage. Le vocabulaire, d’abord : les mots que les participants emploient pour parler du sujet, qui ne sont pas toujours ceux du formateur. Les attentes, ensuite, quand la question porte sur ce qu’ils espèrent de la session. Les écarts, enfin, quand un mot isolé dit quelque chose que le groupe ne dit pas. Le gros mot au centre de l’écran est rarement le plus intéressant. Le petit mot dans le coin, que personne d’autre n’a écrit, mérite souvent qu’on s’y arrête.

Les trois moments où il sert

Le nuage de mots n’est pas un outil qu’on sort à n’importe quel moment pour relancer l’attention. Il sert dans trois situations précises, et il se comporte différemment dans chacune.

À l’ouverture de la session, il sert à faire connaissance avec la salle avant de faire connaissance avec les personnes. Le formateur pose une question sur le sujet : « En un mot, ce qui vous vient quand on dit gestion du temps ? » Le nuage qui s’affiche lui dit d’où part le groupe. S’il voit apparaître « stress », « urgences » et « mails », il sait que la salle attend du concret sur la charge de travail. S’il voit « planning » et « outils », elle attend des méthodes. Il ajuste son entrée en matière sans avoir posé une seule question individuelle.

À mi-parcours, le nuage sert de point de bascule. Après une matinée de contenu, le formateur demande : « En un mot, ce que vous retenez de ce matin ? » Le nuage montre ce qui a marqué et ce qui est passé inaperçu. Si une notion centrale n’apparaît nulle part, c’est un signal clair qu’elle n’a pas été comprise ou pas retenue. L’après-midi peut commencer par elle.

À la clôture, enfin, il sert à fermer la boucle. La question peut reprendre celle de l’ouverture, pour comparer les deux nuages. Le changement de vocabulaire entre le matin et le soir dit plus sur ce que la formation a produit qu’un questionnaire de satisfaction. Une salle qui écrivait « stress » le matin et écrit « priorités » le soir a changé de façon de penser le sujet.

En dehors de ces trois moments, le nuage a tendance à remplir le temps. Le lancer au milieu d’une explication pour réveiller la salle produit un nuage pauvre, parce que la question est artificielle et que les participants le sentent.

Poser la question qui donne un nuage lisible

Le nuage vaut ce que vaut sa question. C’est l’erreur la plus fréquente : une question mal posée produit un nuage illisible, et le formateur se retrouve à commenter un amas de mots qui ne disent rien.

La consigne doit demander un seul mot, et le dire explicitement. « En un mot » au début de la question. Si on laisse la place à des phrases, l’écran se remplit de fragments qui ne se regroupent pas, et l’effet de taille disparaît. Certains outils permettent de limiter le nombre de caractères ; utilisez cette option si elle existe.

La question doit être ouverte. « Êtes-vous satisfait de la matinée ? » appelle oui ou non, et produit un nuage de deux mots, sans intérêt. « Ce que vous retenez de la matinée » appelle des contenus. Une bonne question de nuage commence souvent par « ce que », « ce qui » ou « le mot qui ».

Elle doit aussi être concrète. « Votre vision du management » produit des abstractions : « humain », « confiance », « bienveillance ». Ces mots reviennent dans tous les nuages de toutes les formations, et ils ne disent rien du groupe. « Le mot que vous entendez le plus en réunion d’équipe » produit des réponses qui appartiennent à ce groupe-là. Plus la question renvoie à une situation vécue, plus le nuage est riche.

  • demander un seul mot, et l’écrire dans la consigne ;
  • poser une question ouverte, jamais une question fermée ;
  • partir d’une situation vécue plutôt que d’une notion ;
  • éviter les questions qui appellent une réponse attendue ;
  • laisser le temps de réfléchir avant d’afficher le résultat.

Le dernier point compte plus qu’il n’y paraît. Si les réponses s’affichent en direct, les premiers mots influencent les suivants. Un participant qui voit « stress » s’afficher en gros aura tendance à écrire « stress » à son tour, ou un mot voisin. Quand c’est possible, masquez le nuage jusqu’à ce que tout le monde ait répondu, puis révélez-le d’un coup. L’effet de découverte est plus fort, et le nuage reflète mieux la diversité réelle de la salle.

Lancer le nuage : smartphone, papier, tableau

La version la plus courante passe par les smartphones. Le formateur affiche une adresse ou un code, les participants s’y connectent, tapent leur mot, et le nuage se forme à l’écran. C’est rapide, anonyme, et visuellement efficace. Cela suppose en revanche une connexion qui fonctionne, des participants qui ont leur téléphone et qui acceptent de s’en servir, et un formateur qui a testé l’outil avant la session. Le nuage qui ne s’affiche pas parce que le réseau de la salle est saturé est un classique.

La version papier marche partout, et elle a des avantages que la version numérique n’a pas. Chaque participant écrit son mot sur un post-it, en majuscules, et le colle au tableau. Le formateur regroupe ensuite les post-it identiques ou voisins, en colonnes ou en tas. Les mots qui reviennent le plus forment les colonnes les plus hautes. Le nuage est moins joli, mais il se construit devant la salle, et le geste de regrouper les mots devient un temps d’échange en soi.

Le regroupement est d’ailleurs le moment le plus utile de la version papier. Faut-il mettre « délais » avec « urgences » ? « Mails » avec « interruptions » ? En posant la question à voix haute, le formateur fait discuter le groupe sur le sens des mots, ce que le nuage numérique, qui ne regroupe que les mots strictement identiques, ne permet pas.

Une version intermédiaire consiste à faire écrire les mots au tableau par les participants eux-mêmes, à tour de rôle, en ajoutant un trait à côté d’un mot déjà présent plutôt qu’en le réécrivant. Elle demande plus de temps et perd l’anonymat, mais elle fonctionne bien avec les petits groupes, et elle fait se lever des participants qui n’ont pas bougé de la matinée.

Lire le nuage devant la salle

Le nuage s’affiche, la salle le regarde, et c’est à ce moment-là que tout se joue. Un formateur qui dit « Très bien, merci » et passe à la suite a perdu l’intérêt de l’exercice. Les participants ont donné quelque chose ; ils attendent qu’on leur en dise quelque chose.

Commencez par le mot le plus gros, parce que tout le monde le regarde, mais ne vous y arrêtez pas longtemps. Il dit ce que le groupe a en commun, ce qui est utile mais rarement surprenant. Reformulez-le en une phrase qui le relie au contenu de la session : « La plupart d’entre vous pensent d’abord aux urgences. On va justement voir comment les distinguer de ce qui est seulement pressé. »

Cherchez ensuite les mots isolés. Ce sont souvent les plus intéressants. Un seul participant a écrit « culpabilité » dans un nuage sur la gestion du temps : ce mot dit quelque chose que les autres n’ont pas osé ou pas pensé à dire. Vous pouvez le relever sans demander qui l’a écrit : « Quelqu’un a écrit culpabilité. Je crois que c’est un mot important, on y reviendra. » La personne concernée se sent entendue, et les autres découvrent une dimension du sujet.

Certains mots fâchent. Dans un nuage anonyme sur le climat d’une équipe, un mot critique ou agressif peut apparaître. Ne l’ignorez pas, ne le censurez pas, mais ne le laissez pas non plus prendre toute la place. Nommez-le, rappelez que le nuage montre des perceptions et pas des faits, et revenez au cadre de la session. Si l’outil permet de modérer les réponses avant affichage, réfléchissez avant la session à l’usage que vous en ferez.

Enfin, rebondissez. Le meilleur usage d’un nuage est de servir de point de départ à une discussion. « Trois d’entre vous ont écrit planning. Qui veut nous dire ce qu’il met derrière ce mot ? » Le nuage devient alors un outil pour faire parler, et non une fin en soi.

Le nuage en classe virtuelle

En formation à distance, le nuage de mots change de rôle. Dans une salle, le formateur voit les visages, les hochements de tête, les regards qui décrochent. Devant une mosaïque de caméras éteintes, il ne voit rien. Le nuage devient alors l’un des rares moyens de savoir ce que pense le groupe, et il gagne en importance ce qu’il perd en spontanéité.

Le lancement demande plus de soin. Le lien de l’outil doit être donné dans la messagerie de la visioconférence, et le formateur doit laisser le temps à chacun de basculer d’une fenêtre à l’autre, ce qui prend toujours plus longtemps qu’on ne croit. Annoncez le temps de réponse à voix haute et attendez qu’il soit écoulé avant d’afficher le résultat en partage d’écran.

La lecture, elle, doit être plus explicite. À distance, personne ne sourit en découvrant le nuage, ou du moins personne ne le voit. Le formateur doit donc verbaliser davantage : nommer les mots, relever les écarts, poser une question à partir de ce qu’il voit et donner la parole nommément à quelqu’un. Sans cette relance, le nuage s’affiche dans le silence et la session reprend comme s’il n’avait pas existé.

Une précaution utile : prévoyez une solution de repli si l’outil ne fonctionne pas pour une partie des participants. La messagerie de la visioconférence fait l’affaire. Demandez à chacun d’y taper son mot au même signal, et regroupez les réponses à l’oral. Le résultat est moins visuel, mais personne n’est exclu de l’exercice.

Quand le nuage ne sert à rien

Le nuage de mots a une limite simple : il ne permet pas de décider. Si vous devez faire choisir le groupe entre plusieurs options, il ne sert à rien. Un vote, des cartons de couleur ou des gommettes feront le travail. Le nuage montre un vocabulaire ; il ne départage pas.

Il ne sert pas non plus à évaluer des acquis. Demander « le mot clé de ce module » et voir s’afficher la bonne réponse en gros donne une fausse impression de réussite : les participants qui ne savaient pas ont simplement écrit le mot que leur voisin tapait. Pour vérifier ce qui a été compris, un quiz construit pour cela est beaucoup plus fiable.

Il devient enfin contre-productif quand il est répété. Un nuage à l’ouverture, un à mi-parcours, un à la clôture : c’est déjà le maximum dans une journée. Au-delà, la salle s’en lasse, les réponses s’appauvrissent, et l’outil qui faisait participer devient une corvée. Le nuage reste efficace parce qu’il est rare.

Bien utilisé, il complète les autres outils d’animation sans les remplacer, et il trouve sa meilleure place dans la même logique que les brise-glace de début de session : faire entrer le groupe dans le sujet avant d’y entrer soi-même. C’est un des gestes simples qui font la différence dans l’animation de formation, et Teledis l’a souvent observé : la salle participe d’autant mieux qu’on lui montre ce qu’on fait de sa participation.

Questions fréquentes

Faut-il un outil payant pour faire un nuage de mots ?

Non. De nombreux outils en ligne proposent des nuages de mots en version gratuite, souvent avec des limites sur le nombre de participants ou de questions. La version papier, avec des post-it et un tableau, ne coûte rien et fonctionne sans connexion. Elle convient très bien aux groupes de formation de taille habituelle.

Combien de temps faut-il prévoir pour un nuage de mots ?

Comptez quelques minutes pour la réponse et autant pour la lecture commentée. La lecture est la partie la plus importante, et c’est elle qu’on raccourcit le plus souvent à tort. Si vous n’avez pas le temps de commenter le nuage, mieux vaut ne pas le lancer.

Le nuage de mots est-il vraiment anonyme ?

Avec un outil en ligne, il l’est en général pour les participants entre eux, mais vérifiez ce que l’outil enregistre et conserve, surtout si les réponses peuvent contenir des informations personnelles. Avec la version papier, l’anonymat dépend de la façon dont les post-it sont collés : faites-les déposer en une seule fois plutôt qu’un par un devant la salle.

Que faire si le nuage est presque vide ?

C’est souvent le signe que la question était trop abstraite ou trop intimidante. Reformulez-la plus concrètement et relancez, ou passez à l’oral en demandant à deux ou trois participants de donner leur mot. Un nuage pauvre n’est pas un échec du groupe, c’est une indication sur la question.