Formation & événementiel

Cartons de vote : faire voter une salle sans matériel

Par Sylvie Marchand5 octobre 202613 min de lecture

Participants levant des cartons de couleur pendant une formation

Le carton, c’est le vote le plus rapide de la salle

Il existe des boîtiers de vote, des applications sur smartphone, des plateformes en ligne qui affichent les résultats en graphiques animés. Et il existe un paquet de cartons de couleur, glissé dans la pochette de chaque participant. Le second ne remplace pas les premiers, mais il fait une partie de leur travail avec une fiabilité qu’aucun outil électronique n’égale : il ne tombe jamais en panne, ne dépend d’aucun réseau, et ne demande à personne de télécharger quoi que ce soit.

Le principe est connu de tous les formateurs. Chaque participant dispose de quelques cartons de couleurs ou de lettres différentes. Le formateur pose une question à choix, associe chaque réponse à une couleur, et au signal, chacun lève le carton de son choix. En une seconde, la salle entière a voté, et le résultat se lit d’un regard. Aucun autre mode de vote ne va aussi vite.

Cette rapidité change la nature de l’animation. Avec un outil numérique, chaque question a un coût : il faut afficher la question, attendre que les connexions se fassent, laisser le temps de répondre, afficher le résultat. On pose donc peu de questions, et on les réserve aux moments importants. Avec des cartons, une question coûte quelques secondes. On peut en poser dix dans une heure, vérifier la compréhension après chaque notion, relancer la salle dès qu’on sent l’attention baisser.

Le carton a une autre vertu, plus discrète : il fait bouger les participants. Lever un carton est un geste physique, minuscule mais réel, qui sort chacun de sa position d’écoute. Dans une salle qui somnole après le déjeuner, trois questions aux cartons en cinq minutes réveillent mieux qu’une pause.

Mais le carton a aussi des limites nettes, qu’il faut connaître pour l’utiliser à bon escient. Il ne garantit aucun secret, il favorise le suivisme, il ne garde aucune trace. Tout l’art consiste à l’employer là où ces limites ne gênent pas, et à passer à autre chose là où elles gênent.

Préparer les cartons

Le choix le plus simple consiste à utiliser des couleurs. Trois ou quatre couleurs franches suffisent, et elles doivent être faciles à distinguer de loin : rouge, vert, bleu, jaune. Évitez les teintes voisines, comme l’orange et le rouge, ou le bleu clair et le vert pâle, qui se confondent dès qu’on est au fond de la salle ou que l’éclairage est mauvais. Pensez aussi aux participants qui distinguent mal certaines couleurs : ajouter une lettre bien visible sur chaque carton règle la question.

Les lettres ont d’ailleurs leurs propres avantages. Des cartons marqués A, B, C’et D se prêtent naturellement aux questions à choix multiples, et les participants les associent sans effort aux réponses projetées à l’écran. On peut combiner les deux : une couleur et une lettre par carton, ce qui permet de lire la salle aussi bien de près que de loin.

Le format compte. Un carton doit être assez grand pour être lu depuis l’avant de la salle, et assez rigide pour ne pas se plier quand on le lève. Le format d’une demi-feuille, dans un papier épais, convient à la plupart des salles. Plus petit, il disparaît dans une salle profonde ; plus grand, il devient encombrant sur une table chargée de documents.

Le nombre de cartons par participant dépend de l’usage. Pour des questions oui, non ou je ne sais pas, trois cartons suffisent. Pour des questions à choix multiples, il en faut quatre. Au-delà, la manipulation devient laborieuse : les participants fouillent dans leur pile pour trouver le bon carton, et la rapidité qui faisait l’intérêt de l’outil disparaît.

La distribution se prépare. Glissez les cartons dans la pochette d’accueil ou posez-les à chaque place avant l’arrivée des participants. Les distribuer au moment de la première question fait perdre plusieurs minutes et casse l’effet de surprise. Prévoyez aussi un jeu de rechange, parce qu’il y a toujours des cartons qui disparaissent pendant la pause.

Poser une question à laquelle on répond avec un carton

Le carton impose une contrainte forte : la réponse doit tenir dans un nombre limité de choix, annoncés à l’avance. C’est une contrainte utile, parce qu’elle oblige le formateur à formuler des questions précises. Une question floue, à laquelle on pourrait répondre « ça dépend », ne se prête pas aux cartons.

La question à choix fermés fonctionne le mieux. « Ce document doit-il être signé par le stagiaire, par le formateur, ou par les deux ? » Trois réponses, trois couleurs. Le formateur affiche la question et les réponses avec la couleur associée, laisse quelques secondes de réflexion, puis donne le signal. Tout le monde lève en même temps.

Le signal est un élément essentiel. Si chacun lève son carton dès qu’il a choisi, les plus lents regardent les cartons déjà levés et s’alignent. Un signal commun, « trois, deux, un, levez », impose que chacun ait choisi avant de voir le choix des autres. C’est la parade la plus simple contre le suivisme, et elle ne coûte rien.

Une consigne à la fois. On ne demande pas aux participants de lever un carton pour une question et un autre pour une seconde question posée dans la foulée. Chaque question a son temps, son signal et son résultat. Mélanger deux questions produit une salle où plus personne ne sait quel carton correspond à quoi.

  • deux à quatre réponses possibles, pas davantage ;
  • une couleur ou une lettre clairement associée à chaque réponse ;
  • un temps de réflexion avant le signal ;
  • un signal commun pour que tout le monde lève ensemble ;
  • une seule question par levée de cartons.

Les cartons se prêtent aussi à des usages moins scolaires que le quiz. On peut demander aux participants de situer leur niveau de confiance sur un sujet, d’exprimer leur accord avec une affirmation, de choisir le thème qu’ils veulent approfondir. Dans tous ces cas, la question gagne à être formulée de façon à ce qu’aucune réponse ne soit socialement préférable aux autres.

Lire la salle d’un coup d’œil

Le résultat d’un vote aux cartons se lit d’abord globalement. Le formateur balaie la salle du regard et voit immédiatement si une couleur domine, si la salle est partagée, ou si une couleur minoritaire est présente. Dans la plupart des cas, cette lecture globale suffit, et il n’est pas nécessaire de compter.

Quand il faut un résultat plus précis, par exemple pour une décision collective, on peut compter. Dans une salle de taille moyenne, le comptage se fait rapidement si l’on procède par rangée, ou en demandant à un participant de compter une partie de la salle. Mais il faut garder à l’esprit que le carton n’est pas un outil de décision formelle : s’il faut un décompte qui engage, un autre mode de vote est préférable.

L’essentiel est ce que le formateur dit du résultat. Annoncez ce que vous voyez, en mots simples : « Une grande majorité de vert, quelques rouges, presque pas de bleu. » Puis rebondissez. Si la réponse attendue est largement majoritaire, confirmez-la et expliquez pourquoi elle est juste, en vous adressant aussi à ceux qui se sont trompés. Si la salle est partagée, c’est le moment le plus riche : demandez à un participant de chaque couleur d’expliquer son choix, et laissez le groupe confronter ses raisonnements.

Les réponses minoritaires méritent une attention particulière. Un participant qui lève seul un carton différent de tous les autres prend un risque social, et il faut le respecter. Ne lui demandez pas de se justifier devant la salle comme s’il avait commis une faute. Relevez plutôt que la réponse existe, et expliquez pourquoi elle est tentante, ce qui permet à chacun de comprendre l’erreur sans que personne ne soit mis en cause.

Le carton permet aussi de voir ce que les autres outils ne montrent pas : les hésitations. Un participant qui lève son carton à moitié, qui regarde ses voisins avant de choisir, qui change de carton au dernier moment, donne une information précieuse. La salle ne vote pas seulement, elle montre son degré d’assurance.

Ce que le carton ne permet pas

Le carton a une faiblesse évidente : il ne garantit aucun secret. Tout le monde voit ce que chacun a levé. Pour la plupart des questions de formation, ce n’est pas un problème. Pour certaines, c’est rédhibitoire. On ne demande pas aux cartons si les participants sont satisfaits de leur manager, s’ils ont déjà été témoins de harcèlement, ou comment ils jugent la formation qu’ils sont en train de suivre. Sur ces sujets, la réponse visible n’est pas une réponse sincère.

Le suivisme est la deuxième limite. Même avec un signal commun, les participants qui ne sont pas sûrs d’eux ont tendance à lever la couleur qu’ils pensent majoritaire, ou celle de leur voisin réputé compétent. Le résultat surestime alors la réussite de la salle. Le formateur doit le garder en tête : un vote aux cartons très homogène ne prouve pas que tout le monde a compris. Pour vérifier les acquis de façon fiable, un quiz individuel est plus sûr.

La troisième limite est l’absence de trace. Une fois les cartons baissés, le résultat n’existe plus que dans la mémoire du formateur. On ne peut pas comparer les réponses d’un module à l’autre, ni produire un bilan à la fin de la journée, ni transmettre des données à un commanditaire. Si ces traces sont nécessaires, il faut les noter à la main, ou passer à un outil qui les enregistre.

Il existe des parades partielles. Pour réduire le suivisme, on peut demander aux participants de fermer les yeux au moment du vote, sauf le formateur. Le procédé paraît enfantin, mais il fonctionne étonnamment bien avec des adultes, à condition de l’annoncer avec un peu d’humour. Pour garder une trace, un participant volontaire peut noter les résultats au fil de la journée sur un tableau.

Les cartons en grande salle

Le carton a été pensé pour la salle de formation, avec un groupe d’une vingtaine de personnes. Il fonctionne aussi dans une salle beaucoup plus grande, comme une conférence ou une assemblée de plusieurs centaines de personnes, mais il change alors de nature. Le formateur ne voit plus chaque carton : il voit des taches de couleur, des zones de la salle, une impression d’ensemble.

Cette impression d’ensemble est souvent suffisante pour animer. Elle permet de dire que la salle est majoritairement d’accord, partagée ou réticente, et de rebondir sur ce constat. Elle ne permet en revanche aucun décompte, même approximatif. Si un résultat précis est nécessaire dans une grande salle, il faut un autre outil.

Le visuel compte davantage en grande salle. Des cartons plus grands, des couleurs plus saturées, et une projection à l’écran qui rappelle la correspondance entre couleurs et réponses aident les personnes au fond de la salle à suivre. Le signal doit aussi être plus net : un compte à rebours affiché ou annoncé au micro.

Cartons, boîtiers ou smartphone

Le carton n’est pas un outil concurrent des boîtiers ou des applications, c’est un outil complémentaire. Il excelle pour les questions rapides, fréquentes, sans enjeu de secret, où l’on cherche à prendre le pouls de la salle et à relancer l’échange. Il est imbattable quand la connexion est incertaine, quand les participants n’ont pas tous un smartphone, ou quand le temps de préparation manque.

Les outils électroniques reprennent l’avantage dès qu’on a besoin d’anonymat, de traces ou de décomptes fiables. Un vote sur une décision collective, une évaluation des acquis qu’on veut conserver, une question sensible : dans ces cas, le boîtier ou l’application font ce que le carton ne peut pas faire. La comparaison détaillée entre les boîtiers de vote face au smartphone aide à choisir l’outil adapté quand on passe à l’électronique.

Beaucoup de formateurs expérimentés combinent les deux : des cartons pour les questions de compréhension tout au long de la journée, et un outil électronique pour deux ou trois moments clés. C’est souvent la combinaison la plus efficace pour le vote en salle de formation, parce qu’elle donne à chaque question l’outil qui lui convient. Teledis a toujours défendu cette idée simple : l’outil de vote se choisit d’après la question qu’on pose, pas d’après ce qu’on a sous la main.

Questions fréquentes

Combien de couleurs prévoir par participant ?

Trois couleurs suffisent pour les questions de type oui, non, je ne sais pas, et quatre pour les questions à choix multiples. Au-delà, la manipulation devient lente et les participants cherchent le bon carton au lieu de réfléchir à la réponse. Ajoutez une lettre sur chaque carton pour les participants qui distinguent mal certaines couleurs.

Comment éviter que les participants copient leurs voisins ?

Imposez un signal commun pour que tout le monde lève en même temps, après un temps de réflexion. Vous pouvez aussi demander aux participants de fermer les yeux au moment du vote. Gardez en tête qu’un résultat très homogène ne prouve pas que tout le monde a compris.

Peut-on utiliser des cartons pour une décision collective ?

Pour une décision informelle au sein d’un atelier, oui, à condition de compter et d’annoncer le résultat. Pour une décision qui engage formellement un groupe, comme un vote en assemblée, les cartons ne garantissent ni le secret ni une trace fiable. Un autre mode de scrutin est alors préférable.

Les cartons fonctionnent-ils en formation à distance ?

En partie. Les participants peuvent montrer un carton devant leur caméra, mais seuls ceux dont la caméra est allumée participent, et la lecture de la mosaïque est difficile. À distance, les sondages intégrés à l’outil de visioconférence remplissent généralement mieux ce rôle.