Assemblée générale

Rédiger une résolution d’assemblée générale qui se vote

Par Sylvie Marchand9 octobre 202613 min de lecture

Rédaction d'un projet de résolution

Une résolution se vote par oui ou par non

Une assemblée générale ne vote pas sur des intentions, des orientations ou des discussions. Elle vote sur des résolutions, c’est-à-dire sur des textes précis, rédigés à l’avance, qui disent ce que l’assemblée décide si elle les adopte. La qualité d’une assemblée dépend donc pour une large part de la qualité de ses résolutions. Une résolution bien rédigée se vote en quelques secondes. Une résolution mal rédigée provoque un débat sur son sens avant même qu’on puisse débattre de son contenu, et parfois une contestation après la séance.

Le test le plus simple pour savoir si une résolution est bien rédigée tient en une question : peut-on y répondre par oui ou par non ? Une résolution est une question fermée. Chaque membre doit pouvoir dire s’il est pour ou contre, sans avoir à interpréter le texte, sans se demander ce qu’il implique exactement, et sans craindre de voter pour une chose en votant pour une autre.

Comparez deux formulations. « L’assemblée générale se prononce sur l’avenir du local » ne passe pas le test : on ne peut pas répondre oui ou non à une question ouverte. « L’assemblée générale décide de résilier le bail du local situé rue des Écoles à son échéance » le passe : chacun sait ce qu’il vote. La seconde formulation est plus longue, mais elle est votable, et c’est ce qui compte.

Ce test s’applique avant l’envoi de la convocation, puisque les projets de résolution y sont en général joints ou annoncés. Relisez chaque projet en vous demandant si un membre qui le découvre, sans avoir participé à sa préparation, saurait exactement à quoi il dit oui. Si la réponse est incertaine, le texte doit être retravaillé.

Une résolution, une décision

La deuxième règle découle de la première : une résolution ne porte que sur une seule décision. Regrouper plusieurs décisions dans une même résolution oblige les membres à les accepter ou à les rejeter en bloc. Un membre qui approuve l’une et désapprouve l’autre n’a aucun moyen d’exprimer sa position. Il vote pour, contre ou s’abstient, et son vote ne reflète pas ce qu’il pense.

Le regroupement est tentant, parce qu’il fait gagner du temps. On approuve les comptes et on donne quitus aux administrateurs dans la même résolution. On adopte le budget et on fixe la cotisation en un seul vote. On modifie trois articles des statuts d’un coup. Chacun de ces regroupements est une source potentielle de contestation, et certains textes l’interdisent expressément pour certaines décisions.

L’approbation des comptes et le quitus sont un bon exemple. Approuver les comptes, c’est dire qu’ils sont exacts. Donner quitus, c’est dire que les dirigeants ont bien géré. Un membre peut considérer que les comptes sont exacts tout en contestant la gestion qu’ils révèlent. Les séparer en deux résolutions lui permet de l’exprimer.

Pour les modifications de statuts, la règle est la même. Si plusieurs articles sont modifiés, il est en général préférable de voter une résolution par article, ou au moins par groupe d’articles qui forment un ensemble cohérent. Une modification de statuts adoptée en bloc, alors qu’une partie des membres s’opposait à l’un des changements, est plus fragile qu’une série de votes distincts.

Séparer les décisions allonge un peu la séance. Mais le temps gagné en regroupant est souvent perdu, et au-delà, dans les débats que le regroupement provoque.

La structure : visa, décision, modalités

Une résolution bien construite suit en général une structure en trois parties. Elle n’a rien d’obligatoire, mais elle aide à rédiger des textes clairs et complets.

La première partie est le visa, qui rappelle le cadre dans lequel l’assemblée décide. « L’assemblée générale, après avoir entendu le rapport du trésorier et pris connaissance des comptes de l’exercice clos » ou « L’assemblée générale, statuant aux conditions de majorité prévues par l’article des statuts relatif aux modifications statutaires ». Le visa montre que l’assemblée a été informée et qu’elle statue dans les formes prévues. Il n’est pas toujours nécessaire, mais il renforce la résolution quand la décision est importante.

La deuxième partie est la décision elle-même, introduite par un verbe d’action : décide, approuve, autorise, désigne, fixe, adopte. C’est le cœur de la résolution, et c’est sur elle que porte le test du oui ou du non. Elle doit être formulée au présent, de façon affirmative, et sans conditionnel. « L’assemblée générale approuve les comptes de l’exercice clos tels qu’ils lui ont été présentés. »

La troisième partie précise les modalités, quand elles sont nécessaires. À partir de quand la décision s’applique, qui est chargé de la mettre en œuvre, avec quels pouvoirs. « Elle donne tous pouvoirs au président pour signer les actes nécessaires. » Cette partie évite qu’une décision adoptée reste lettre morte faute d’avoir désigné qui doit l’exécuter.

Prenons un exemple complet. « L’assemblée générale, après avoir pris connaissance du devis annexé à la convocation, décide de faire réaliser les travaux de réfection de la toiture conformément à ce devis, et donne mandat au bureau pour signer le marché et en suivre l’exécution. » Visa, décision, modalités : chaque membre sait ce qu’il vote, sur quelle base, et qui agira ensuite.

Les mots qui créent l’ambiguïté

Certaines formulations reviennent souvent dans les résolutions, et chacune peut ouvrir la porte à une interprétation divergente. Les repérer permet de les corriger avant l’envoi.

Les montants, d’abord. Une résolution qui autorise une dépense doit dire combien, ou renvoyer à un document qui le dit. « Autorise le bureau à engager les dépenses nécessaires » ne fixe aucune limite. « Autorise le bureau à engager les dépenses dans la limite du devis annexé » en fixe une. Si le montant exact n’est pas connu, la résolution peut fixer un plafond, mais elle doit en fixer un.

Les dates, ensuite. « À compter de la prochaine saison » peut désigner plusieurs moments selon la façon dont on compte. « À compter du premier jour de l’exercice suivant » est plus précis. Quand une décision prend effet à une date donnée, la résolution doit l’indiquer sans ambiguïté.

Les mandats, enfin. Une résolution qui donne pouvoir à quelqu’un doit dire à qui, pour faire quoi, et jusqu’où. « Donne tous pouvoirs au bureau » est une formule courante, mais elle peut être trop large selon la décision. Mieux vaut préciser l’objet du mandat : signer un contrat, effectuer une formalité, représenter l’association dans une démarche.

  • un montant précis, ou un plafond, ou un renvoi à un devis ;
  • une date d’effet sans ambiguïté ;
  • un mandat qui désigne une personne et un objet ;
  • des pièces jointes citées par leur intitulé exact ;
  • des termes définis quand ils peuvent avoir plusieurs sens.

Les pièces jointes sont souvent la meilleure façon de lever l’ambiguïté. Plutôt que de recopier un budget entier dans une résolution, on écrit « approuve le budget prévisionnel annexé à la convocation ». La résolution reste courte, et son contenu est fixé par un document que chacun a pu consulter. Il faut alors veiller à ce que la pièce jointe soit bien celle qui a été envoyée, et à ce qu’elle ne soit pas modifiée entre l’envoi et la séance.

Amender en séance sans sortir de l’ordre du jour

Une résolution n’est pas figée au moment où elle est envoyée avec la convocation. Le débat en séance peut faire apparaître une amélioration, une précision ou un compromis, et l’assemblée peut amender le projet de résolution avant de le voter. C’est une souplesse utile, qui permet d’adopter des décisions mieux construites. Mais elle a des limites.

La limite principale est l’ordre du jour. L’assemblée ne peut délibérer que sur les questions inscrites à l’ordre du jour, et un amendement ne peut pas transformer une résolution en une décision d’une autre nature. Modifier le montant d’une dépense, préciser une date, ajuster un mandat sont des amendements en général admis. Remplacer la résiliation d’un bail par l’achat d’un nouveau local ne l’est pas : c’est une décision différente, qui n’a pas été annoncée aux membres, et notamment à ceux qui ont voté par pouvoir ou par correspondance en se fiant au texte de la convocation.

Cette dernière remarque est importante. Les membres qui ont donné un pouvoir avec des consignes de vote, ou qui ont voté par correspondance, l’ont fait sur la base du projet envoyé. Un amendement substantiel adopté en séance rend leur vote difficile à interpréter. Selon les règles applicables, leur vote peut être compté comme une abstention ou comme un vote contre sur la résolution amendée. Il est utile de vérifier ce que prévoient les textes sur ce point.

Quand un amendement est proposé, le président le met aux voix avant la résolution elle-même. Si l’amendement est adopté, l’assemblée vote ensuite sur la résolution amendée, dont le président relit le texte complet. Si l’amendement est rejeté, l’assemblée vote sur le texte initial. Le procès-verbal garde la trace de l’amendement, de son vote et du texte finalement adopté.

Quand la modification souhaitée dépasse ce que l’ordre du jour permet, la bonne réponse est de rejeter ou de reporter la résolution, et d’inscrire la nouvelle proposition à l’ordre du jour d’une prochaine assemblée.

Les résolutions qui demandent une majorité particulière

Toutes les résolutions ne se votent pas à la même majorité. Les décisions courantes se prennent souvent à la majorité simple, tandis que certaines décisions importantes, comme la modification des statuts, la dissolution ou certaines opérations sur le patrimoine, exigent une majorité renforcée ou une assemblée de nature particulière. La majorité applicable à chaque décision se lit dans les statuts, et dans les règles légales propres au type de structure.

Cette diversité a une conséquence sur la rédaction. Il est utile d’indiquer, dans le visa de la résolution ou dans la convocation, la majorité à laquelle elle sera votée. Les membres savent ainsi ce qui est nécessaire pour qu’elle soit adoptée, et le président peut le rappeler au moment du vote sans risque de contestation.

Cela impose aussi de ne pas regrouper dans une même résolution des décisions qui relèvent de majorités différentes. Une résolution qui mêle une décision courante et une modification statutaire devrait, en toute rigueur, être votée à la majorité la plus exigeante, ce qui pénalise la décision courante. Les séparer règle le problème.

La résolution dans le procès-verbal

Une fois votée, la résolution est recopiée au procès-verbal, telle qu’elle a été adoptée ou rejetée, avec le résultat du vote. Le procès-verbal ne résume pas la résolution, il la reproduit. C’est la raison pour laquelle une résolution bien rédigée facilite aussi le travail du secrétaire : il n’a pas à reformuler une décision floue, il recopie un texte clair.

Pour une résolution amendée en séance, le procès-verbal reproduit le texte final, et mentionne l’amendement qui l’a modifié. Pour une résolution rejetée, il reproduit le texte soumis au vote et indique qu’il n’a pas été adopté. Dans les deux cas, le résultat du vote est indiqué avec précision : voix pour, contre, abstentions.

Le procès-verbal devient ainsi le registre des décisions de l’assemblée. Des années plus tard, c’est en le relisant qu’on saura exactement ce qui a été décidé. Une résolution ambiguë dans le procès-verbal reste ambiguë pour toujours, et elle peut produire des désaccords bien après que ceux qui l’ont votée ont quitté l’association.

Relire avant d’envoyer

La meilleure garantie de qualité d’une résolution est une relecture méthodique avant l’envoi de la convocation, idéalement par une personne qui n’a pas participé à sa rédaction. Elle relit chaque projet avec quelques questions en tête. Peut-on y répondre par oui ou par non ? Porte-t-il sur une seule décision ? Les montants, les dates et les mandats sont-ils précis ? Les pièces jointes citées existent-elles et sont-elles jointes ? La majorité applicable est-elle connue ?

Cette relecture prend peu de temps, et elle évite l’essentiel des difficultés en séance. Elle permet aussi de vérifier la cohérence entre les résolutions et l’ordre du jour : chaque résolution doit correspondre à un point inscrit, et chaque point qui appelle une décision doit avoir sa résolution.

Rédiger une résolution, c’est préparer une décision avant que l’assemblée ne la prenne, et c’est indissociable de ce que l’ordre du jour autorise à mettre aux voix. Bien rédigées, les résolutions rendent les séances plus courtes et les décisions plus solides, et elles sont au cœur de l’organisation d’une assemblée générale réussie. Teledis l’a observé dans bien des séances : on débat moins longtemps d’un texte clair, et on le conteste rarement.

Questions fréquentes

Faut-il joindre les projets de résolution à la convocation ?

Cela dépend des textes qui régissent votre assemblée. Certains l’imposent, d’autres non. Même quand ce n’est pas obligatoire, c’est une bonne pratique : les membres arrivent en séance en connaissant les textes, et ceux qui votent par pouvoir ou par correspondance peuvent se prononcer en connaissance de cause.

Peut-on modifier une résolution pendant la séance ?

Oui, par voie d’amendement, à condition de rester dans le périmètre de l’ordre du jour. Préciser un montant ou une date est en général admis ; transformer la décision en une décision d’une autre nature ne l’est pas. L’amendement est voté avant la résolution, et le procès-verbal reproduit le texte finalement adopté.

Peut-on approuver les comptes et donner quitus dans la même résolution ?

Mieux vaut les séparer. Approuver les comptes et approuver la gestion des dirigeants sont deux décisions distinctes, et un membre peut vouloir se prononcer différemment sur chacune. Deux résolutions permettent à chacun d’exprimer sa position exacte.

Que faire si une résolution est ambiguë en séance ?

Le président peut proposer un amendement qui lève l’ambiguïté, si cela reste dans le périmètre de l’ordre du jour. Si ce n’est pas possible, il vaut mieux reporter la résolution à une prochaine assemblée, avec un texte retravaillé, plutôt que de faire voter un texte dont le sens est discuté.